Bio Sylvie Vartan - Les années 60

Bio Sylvie Vartan

Deuxième partie : Les années 60

Panne d'essence : Tout démarre

En 1960, la famille Vartan emménage au 117 avenue du Général Michel Bizot, au dessus de l'appartement de Franck Ténot... Eddie et lui sympathisent très vite en raison de leur passion commune pour le jazz. Eddie joue d'ailleurs de la trompette à un très bon niveau.

Sylvie entre en classe au Lycée de jeunes filles Hélène Boucher dans le 20ème arrondissement de Paris. La discipline y est plutôt sévère puisqu'elle n'a pas le droit de se maquiller, de mettre des talons hauts ou des pantalons. Le Bac approchant, sa mère lui conseille de s'orienter vers les langues, la matière forte de Sylvie. Cette dernière apprécie déjà la musique : elle écoute le jazz que lui fait découvrir son frère mais aussi Brenda Lee, Bill Haley et Elvis Presley.

Sylvie Vartan

Eddie, qui envisageait de faire Sciences-po, a entamé des études de Droit. Mais à la consternation de ses parents, il abandonne du jour au lendemain quand Franck Ténot lui propose un poste à la maison de disques RCA (celle d'Elvis Presley). Eddie y deviendra le conseiller artistique de Frankie Jordan, un jeune étudiant qui finance ses études de médecine en chantant. Frankie va être à l'origine de la carrière de chanteuse de Sylvie en 1961.

En effet, pour son quatrième EP il veut adapter "Out of Gas", un duo américain. Mais il lui manque une interprète féminine. Il a d'abord songé à Dalida -finalement jugée trop âgée par Eddie- et à Gillian Hills. Mais celle-ci, considérant sa partition trop réduite, se décommande au dernier moment. Et voilà Eddie chargé de trouver une remplaçante de dernière minute. Il lui vient alors l'idée de demander à Sylvie de remplacer Gillian Hills. Frankie est d'accord, mais les parents de l'intéressée beaucoup moins : le Bac d'abord. Finalement, Eddie saura les convaincre et sa petite soeur pourra sécher les cours pour la séance d'enregistrement. La voix de Sylvie est plus grave que la tonalité initialement prévue, ce qui la contraint à prendre une voix de fausset, mais qu'importe : sa photo ne figure même pas sur la pochette du 45 T. si bien qu'elle peut le vendre incognito dans la célèbre boutique de disques des Champs Élysées où elle travaille l'été pour gagner un peu d'argent de poche.

Contre toute attente, "Panne d'essence" devient un tube. RCA sent qu'il y a là un filon à exploiter : il est vrai qu'il n'existe encore aucune chanteuse française rock digne de ce nom. La maison de disques s'intéresse alors de près à cette toute jeune fille au charme slave, séduisante et timide. Mais les parents de Sylvie ne l'entendent pas de cette oreille. Leur fille doit passer son examen avant tout. Et au strict établissement Hélène Boucher, où Sylvie continue de suivre sa scolarité, on n'apprécie guère que les journalistes viennent la mitrailler régulièrement. La presse lui donne alors le surnom de "lycéenne du twist".

Chance

Un conseil de famille se réunit chez les Vartan pour délibérer sur la question de savoir si, oui ou non, Sylvie peut abandonner le Bac. Le oui l'emportera. Sylvie peut alors signer chez RCA pour une carrière solo.

Son premier EP intitulé "Quand le film est triste" sortira en novembre.

Sylvie fait sa première apparition télévisée dans l'émission de Denise Glaser "Discorama" du 29 septembre.

Elle fait rapidement ses premiers pas sur scène lors d'un Musicorama à l'Olympia, le 12 décembre 1961. Elle y interprète "Panne d'essence" avec un Frankie Jordan tout en désinvolture.

La première tournée ne tarde pas : Sylvie part dans la foulée avec Gilbert Bécaud.

Les enregistrements s'enchaînent selon un rythme effréné : son deuxième EP "Est-ce que tu le sais ?" sort début 62, soutenu par son premier scopitone (en couleurs !).

Sylvie Vartan

Oui c'est lui

Sylvie refait l'Olympia, en lever de rideau de Vince Taylor. C'est à cette époque qu'elle fait la connaissance de Johnny Hallyday. Celui-ci raconte ainsi leur première rencontre : "j'ai rencontré Sylvie dans les coulisses de l'Olympia où j'étais venu voir Vince Taylor. J'étais avec mon ami Eddie Vartan. A ce moment-là, passe Sylvie. J'ignorais qu'elle était sa soeur. Je lui dis : - tu as vu cette fille ? Elle est bien, je me la ferais bien. Sans répondre, Eddie appelle Sylvie et dit : - Sylvie je te présente Johnny un ami, Johnny, je te présente Sylvie, ma soeur. Je ne savais plus où me mettre".

Si Johnny tombe immédiatement sous le charme, la réciproque n'est pas tout à fait vraie. Sylvie est beaucoup trop sérieuse pour apprécier son style. "Je trouvais que c'était un blouson noir" raconte-t-elle aujourd'hui en riant" mais je l'avais vu chanter à Romilly-sur-Seine et je l'avais trouvé très bien". Néanmoins, Sylvie est pour l'instant déjà amoureuse de quelqu'un d'autre...

Elle part ensuite en tournée avec Richard Anthony, toujours escortée d'Eddie, son chaperon et chef d'orchestre.

L'émission d'Europe 1 "Salut les copains" "chouchoute" Sylvie. Elle est souvent invitée par Daniel Filipacchi. Quand ce dernier sort un mensuel du nom de son émission en juin 62, il propose des photos de Jean-Marie Périer en couleurs et en extérieurs et connaît un véritable triomphe (plus de 50.000 exemplaires vendus ; un million au bout du troisième numéro). Ce magazine réserve la part belle à Sylvie qui voit ainsi sa popularité aller croissant.

A l'automne 62 sort "Le locomotion". Quelques mois plus tard, son premier album tout simplement intitulé "Sylvie". L'année finit bien avec un premier grand tube "Tous mes copains" (400.000 exemplaires vendus), une chanson composée par Jean-Jacques Debout.

Sylvie apparaît également pour la première fois sur les écrans de cinéma dans "Un clair de lune à Maubeuge", film de Jean Chérasse à l'intérêt plutôt relatif. En effet, le rôle confié à Sylvie est celui d'une jeune chanteuse de rock débutante, ce qui manque pour le moins d'originalité ! Pourtant, la présence parmi ses partenaires de Claude Brasseur, Bernadette Lafont ou Michel Serrault a convaincu Sylvie d'accepter la proposition.

Johnny lui fait une cour effrénée six mois durant et s'arrange pour la rencontrer en tournée. Le "SLC" de mai se chargera de se faire l'écho de cette idylle naissante.

Après que Sylvie ait refait l'Olympia pour la troisième fois en avril comme vedette du programme "Les idoles des jeunes" et enregistré "Les malheurs de Sylvie" pour la radio, Johnny la fait engager à ses côtés dans le film "D'où viens-tu Johnny ?" de Noël Howard. Le tournage, qui se déroule en Camargue, a des allures de vacances. Sylvie trouve même le temps d'enregistrer le scopitone de son nouvel EP "Twiste et chante" sur la plage des Saintes-Maries de la Mer.

Sylvie et Johnny se font encore passer pour de simples amis, jusqu'au jour où Jacques Paoli, un journaliste d'Europe 1, leur pose la question rituelle : - "Alors toujours bons copains ?". Quelle ne sera pas sa surprise lorsqu'il s'entendra répondre qu'ils se considèrent désormais comme fiancés ! Le soir même de ce 22 juin, suite à une annonce radio de Daniel Filipacchi, ils provoquent une émeute Place de la Nation lors d'un concert-anniversaire de "SLC" qui restera dans les annales : 200.000 jeunes se rassemblent pour les écouter chanter. La presse relatera ce concert, effarée par la fascination qu'exerce le couple d'idoles. Mais les intéressés n'en sont pas même conscients tant ils sont occupés. En effet, dès le lendemain Sylvie figure dans l'émission "Télé dimanche" où elle interprète 7 titres dont "Watching you" de Paul Anka. En août, tandis que Sylvie est en tournée avec Claude François, Johnny et elle se fiancent officiellement à Montreux.

A la fin de l'année, les jeunes fiancés découvrent New-York. Sylvie se devait également de passer à Nashville, capitale du rock. Elle y enregistre plusieurs chansons avec l'orchestre et les choeurs d'Elvis Presley. Est-ce cet apport musical ou les vibrations de Nashville ? Toujours est-il que deux titres deviendront d'immenses tubes : "Si je chante" (qui sort à la fin de l'année) et "La plus belle pour aller danser".

La plus belle pour aller danser

En janvier 1964, Sylvie partage l'affiche de l'Olympia avec Trini Lopez (qui fait un malheur avec "If I had a hammer") et Les Beatles, alors moins connus en France qu'à Hambourg où Eddie avait d'ailleurs songé à les débaucher pour accompagner sa soeur ! Si Sylvie a parfois du mal à s'imposer entre ces deux phénomènes, vêtue de sa célèbre robe bleue à volants de chez Réal, elle est bel et bien la plus belle pour aller danser.

Les sondages de "SLC" auprès de ses lecteurs révèlent qu'en deux ans Sylvie est effectivement devenue la première chanteuse des jeunes, devant sa copine Françoise Hardy et Sheila.

Mais tout le monde est loin d'apprécier l'ascension de ces chanteuses "yé-yé". Les adultes ne leur pardonnent pas leur soi-disant gaucherie (en réalité Sylvie est la première à bouger sur scène avec un micro mobile) et oublient souvent qu'elles ne sont que des adolescentes. Ils font des gorges chaudes lorsqu'elle chante en direct "Tous mes copains" devant des millions de téléspectateurs ou crient au scandale quand, vêtue de pantalons (interdits aux femmes à la télévision), elle interprète "Je voudrais être un garçon" à "Télé dimanche". Les jeunes chanteuses ne sont pas non plus très bien accueillies dans l'univers sexiste des rockers. Certains vont même jusqu'à saboter littéralement leurs prestations. En tournée au Cannet, à cause d'une sonorisation défectueuse, une salle de concert de Sylvie sera ainsi complètement saccagée. Elle devra s'en expliquer au journal télévisé ! Malgré ces péripéties, Sylvie saura gagner ses galons et se faire reconnaître comme la figure emblématique du rock français féminin. Elle y affirme sa singularité. Plus classe que Sheila qui se veut selon sa chanson "une petite fille de français moyens". Plus sexy et à l'aise sur scène que Françoise Hardy qui passe pour la plus sérieuse parce qu'elle a entamé des études supérieures.

Sylvie Vartan

L'album que Sylvie a enregistré à Nashville est non seulement un gros succès commercial mais il connaît aussi un réel impact médiatique. Popularisé par le film "Cherchez l'idole" de Michel Boisrond que Sylvie vient de tourner, "La plus belle pour aller danser" devient un de ses plus grands tubes et se vend à plus d'un million d'exemplaires au Japon. Ce 45 T. sera suivi de bien d'autres succès là-bas tels "La vie sans toi", "Irrésistiblement" ou "Les hommes"... La première fois que Sylvie s'y rend, elle est accueillie à l'aéroport par une impressionnante nuée de fans en délire. Le spot publicitaire qu'elle y tourne pour la marque de vêtements "Renown" contribue encore à accroître sa célébrité.

Tout semble désormais lui sourire.

Quand le film est triste

En mai 1964, Johnny part sous les drapeaux s'acquitter de son service militaire. Sylvie trouve un soutien moral en Carlos, le fils de Françoise Dolto, ancien étudiant en kiné devenu son secrétaire particulier. Elle comble les absences de Johnny en travaillant davantage et tourne son premier film non musical : "Patate" de Robert Thomas ("quand on a dit le titre, on a tout dit !", commentera plus tard Sylvie avec humour). Il s'agit de l'adaptation à l'écran d'une pièce de Marcel Achard. Sylvie joue le rôle d'Alexa Rollo, entourée de Jean Marais, Danièle Darrieux, Anne Vernon, Mike Marshall et Pierre Dux. Elle espère enfin concrétiser le rêve qu'elle caresse depuis sa figuration dans ce film bulgare intitulé "Sous le joug" en renouvelant l'expérience, sans pour autant abandonner la scène. Ses talents pour la comédie sont reconnus par ses partenaires comme par les critiques. Plusieurs cinéastes, et non des moindres, pensent alors à elle. Jacques Demy pour "Les parapluies de Cherbourg", Godard pour "Pierrot le fou" et Rappeneau pour "La vie de château". Mais Sylvie est en tournée et Johnny Stark (son agent d'alors) décline toutes ces propositions sans même la consulter, considérant que sa carrière de chanteuse suffit à la combler. Lorsque, plus tard, Sylvie apprend de la bouche de Jacques Demy lui-même les opportunités cinématographiques qu'elle a manquées, elle est consternée. Il lui faudra attendre 30 ans pour prendre sa "revanche" au cinéma.

USA

Pour l'heure, Sylvie développe progressivement son propre style musical. Son frère Eddie vient d'engager deux musiciens remarquables : Tommy Brown à la batterie et, en remplacement de Larry Greco, le tout jeune Micky Jones à la guitare (qui n'est autre que le futur leader du groupe "Foreigner"). Ce talentueux tandem compose les premiers grands originaux de Sylvie ("Gonna cry", "Cette lettre-là", etc...). Encore inconnue sur le marché anglo-saxon, elle retourne à New-York afin d'enregistrer avec eux le fameux album en anglais "A Gift wrapped from Paris" qui sort aux États-Unis, en Argentine, au Japon, en Allemagne (mais curieusement pas en France). Elle en assure la promotion aux USA en chantant au Palladium de Broadway pour le magazine Glamour et en participant en toute décontraction à plusieurs émissions de télé ("The Ed Sullivan show", "Hullaballooh" et "Shindig") aux côtés de... Chuck Berry ! Cette grande tournée mondiale (qui sera loin d'être la dernière) inclut, entre autres, la Turquie, le Canada, l'Amérique du Sud et la Polynésie.

Malgré ses absences de France, jamais on n'aura autant vu Sylvie dans les journaux français ou étrangers (80 couvertures en tout dont Stern, Twen et 4 pages dans Life) en raison d'un événement qui marquera l'année 1965 pour tous les jeunes qui l'ont vécue.

Sylvie Vartan

Le Mariage

Le 12 avril, à l'église de Loconville (où les Vartan sont désormais établis), le roi du rock épouse la reine des yé-yés. Parmi ses témoins : J-M. Périer, le photographe de SLC, et Carlos.

Le mariage -qui aurait dû se dérouler dans l'intimité si le curé de la paroisse avait su tenir sa langue- tourne à l'émeute. Près de 2.000 fans et 180 journalistes envahissent Loconville pour tenter d'assister à la cérémonie.

Le lendemain, toute la presse relate l'événement. A cette occasion, SLC bat tous ses records de vente. La photo de Sylvie en larmes s'étale en couverture de tous les journaux (L'Express, Paris Match, Jours de France...). Certains commentent cette photo de façon très fantaisiste. Les mauvaises langues continuent de répandre la rumeur d'un mariage bidon, destiné à faire de la publicité aux deux chanteurs (comme s'ils en avaient besoin !). Mais les jeunes mariés sont déjà loin : ils sont partis en voyage de noces aux Canaries.

A peine rentrés de Las Palmas, Johnny repart terminer son service militaire tandis que Sylvie lance sa propre collection de prêt à porter et inaugure son premier fan-club.

Au retour de Johnny, Sylvie et lui emménagent place Winston Churchill à Neuilly et reprennent le travail sur un rythme trépidant. En novembre, ils ont l'honneur d'être invités par la Reine d'Angleterre à la "Royal Command Performance". Le couple chantera ensuite son premier duo dans un show télévisé réalisé par Jean-Christophe Averty ("Cocktail pour deux").

Le Roi David

L'année 1966 commence par un grand bonheur : l'annonce d'un bébé. La future maman se retire dans la maison de Loconville. Ce sera Sandra si c'est une fille, David si c'est un garçon.

Au même moment sort l'album "Il y a deux filles en moi" qui reflète la maturité de Sylvie. Pendant sa grossesse, elle continue d'enregistrer quelques chansons (dont "Mr John B."), mais se repose le plus clair de son temps.

C'est un petit David qui naît le 14 août (à un jour près comme sa maman). Johnny est rentré exprès de son concert en Italie pour être présent.

Quand elle reprend ses activités en octobre, Sylvie part en tournée en Turquie confiant David à sa grand-mère, la mort dans l'âme. A son retour, elle lui dédie son nouvel EP "Ballade pour un sourire". C'est une chanson douce qui laissera curieusement moins de traces que "Le roi David", aux accents de fanfare, qui sortira 3 ans plus tard.

Sylvie Vartan

Noir c'est noir

Durant les semaines qui suivent la naissance de David, Johnny -vraisemblablement dépassé par ses nouvelles responsabilités- se dérobe à son rôle de père. Sylvie doit seule s'occuper de leur fils. Johnny déclare même à la presse préférer sortir et s'amuser entre copains. Les choses se gâtent lorsque sa femme annonce son intention de divorcer. Quand il apprend la nouvelle, Johnny est entouré de ses copains. Déjà perturbé par ses démêlés avec le fisc et sa baisse de popularité, il craque. Il s'enferme dans la salle de bains et avale des barbituriques. Il est transporté d'urgence à l'hôpital. Sylvie l'y rejoint en pleurs et se réconciliera avec lui peu de temps après.

En 1967, le couple semble solide : ils partent au carnaval de Rio de Janeiro et décident de se produire ensemble à l'Olympia, non sans une certaine appréhension, tous deux craignant que leurs publics respectifs ne s'accordent pas autour d'un spectacle commun. Il leur est fait un triomphe, notamment lorsqu'ils interprètent en duo la reprise d'Ike et Tina Turner "Je crois qu'il me rend fou", au point que le spectacle devra être prolongé.

L'amour est au beau fixe, la carrière de Sylvie aussi : elle collectionne les tubes. Après "Par amour, par pitié" fin 66, "2'35 de bonheur" (son 1er duo avec Carlos) se hisse au sommet du hit-parade. L'année 67 se termine par une courte apparition musicale de Sylvie et Johnny dans le film "Les poneyttes" de Joël Lemoigne.

Début 68, Sylvie effectue une nouvelle tournée en Amérique du Sud où elle chante 2 à 3 fois par jour dans des stades de 20.000 personnes (la police dresse des grillages autour de la scène et lâche des chiens pour calmer le tempérament fougueux du public !).

Sylvie Vartan

Suite à un passage remarqué au "Palmarès des chansons" où elle a interprété "Gosse de Paris", Sylvie se voit proposer par Bruno Coquatrix un Musicorama exceptionnel à l'Olympia, diffusé en direct sur Europe 1 le 8 avril 1968. Elle n'est plus la petite yé-yé que certains disaient un peu gauche et qui chantait "La plus belle pour aller danser" quatre ans auparavant. A l'aube des seventies, Sylvie amorce un tournant musical important dans sa carrière. Désormais, avec des chansons telles que "2'35 de bonheur", "Le Kid" ou "Comme un garçon", son répertoire s'approche davantage du music-hall que du rock. Elle est devenue une véritable meneuse de revue. Son spectacle met en scène ses chansons avec force changements de costumes et ballets. Le public et la presse la célèbrent unanimement. Mais le 11 avril, un drame vient interrompre son triomphe. Sur une départementale des Yvelines, la nouvelle Osi que conduit Sylvie est percutée par un break 404. Cet accident -dont Sylvie sort blessée au menton, au cou et un bras cassé- coûte la vie à sa passagère, Mercedes, la marraine de David.

Les mois qui suivent, la chanteuse est totalement abattue, culpabilisant pour la perte de son amie. Sa famille et le travail sauront la sortir progressivement de sa dépression. En effet, dès le mois de décembre, elle refait l'Olympia en vedette pour une série de concerts qui vient confirmer sa réussite.

Jolie Poupée

Dans son show télévisé de fin d'année intitulé "Jolie poupée", les téléspectateurs pourront eux aussi mesurer les progrès et l'évolution de Sylvie. Ce show, distrayant et créatif, marque le début d'une longue et fructueuse collaboration artistique avec Maritie et Gilbert Carpentier.

Sylvie Vartan

Par ailleurs, son succès s'affirme en Italie où son premier album en langue locale fait un tabac : "Zum zum zum" est n°1. Pendant les 9 premières semaines de l'année 69, Sylvie est invitée à animer le show télévisé "Doppia coppia" aux côté de Lelio Luttazzi. Pour les besoins de l'émission, elle réenregistre en italien plusieurs de ses chansons. Chaque samedi soir, les apparitions de Sylvie constituent un vrai régal pour les yeux. Force est de reconnaître que la RAI disposait d'un excellent chorégraphe (Gino Landi) et d'importants moyens : décors et costumes. Vêtue le plus souvent de minijupes et de cuissardes façon Barbarella, la blondeur de Sylvie faisait craquer les téléspectateurs italiens que l'on sait amateur de jolies ragazzi. Un dessinateur italien lui consacre d'ailleurs une BD dont l'héroïne, un sosie de Sylvie, s'appelle tout simplement Vartan (même chose en Belgique où elle se prénomme Jodelle).

En juin 1969, Sylvie part avec son inséparable Carlos affronter le climat africain pour une tournée au Niger, en Côte d'ivoire, au Sénégal, au Congo et au Maroc. Une tournée de 80 galas suivra en France.

C'est un jour à rester couchée

A la fin de l'année, les Carpentier offrent un "Sacha-Sylvie show" qui pulvérise les records d'audience et les fans sont heureusement surpris par la participation de Johnny au nouvel EP de Sylvie : "Les hommes" (qui sera un gros succès au Japon). Le 20 février 70, ils prennent leur DS et s'apprêtent à aller chanter leur duo à Besançon. Près de Belfort, la voiture dérape sur une plaque de verglas et plonge dans un fossé. Johnny en sort miraculeusement indemne, mais Sylvie est couverte de sang. L'espace d'un instant, Johnny la croit morte. Elle est gravement blessée au visage. Après un court séjour à l'hôpital, elle part six mois aux Etats-Unis se faire opérer par l'un desmeilleurs chirurgiens esthétiques du pays.

A son retour en juillet par le paquebot France, Sylvie doit faire face au décès de son père. Deux ans plus tard, elle lui dédiera une chanson ("Mon père"), qu'elle interprète aujourd'hui encore lors de ses concerts. Sylvie rend ainsi souvent hommage au courage de cet artiste et esthète qui a choisi la liberté, au prix d'un exil douloureux qui l'a conduit à travailler aux Halles dans des conditions difficiles.

Pendant sa convalescence new-yorkaise, Sylvie n'est pas restée inactive et, fait majeur pour sa carrière, elle a suivi de manière intensive les cours de Jojo Smith (le professeur de danse de Barbra Streisand), qui marquera le début de ses shows "à l'américaine".

Sylvie Vartan