Bio Sylvie Vartan - Les années 70

Bio Sylvie Vartan

Troisième partie : Les années 70

C'est bon de vous voir

Le premier spectacle qui inaugure la décennie se déroule pendant trois semaines en septembre à l'Olympia, avec la complicité de Bruno Coquatrix. La métamorphose concerne aussi bien le style de la chanteuse, que le caractère novateur de son tour de chant qui, hormis quelques incontournables tubes récents (dont "Comme un garçon", "La Maritza" ou encore "2’35 de bonheur" avec Carlos déguisé en singe), puise dans la culture noire américaine. Sylvie a fait venir de New-York la troupe des "Voices Of East Harlem" qui assure une première partie placée sous le slogan "Black Power". En ouverture de sa partie, une guitare en bandoulière, Sylvie interprète une chanson de circonstance : "C'est bon de vous voir", adaptée de "Bad Moon Rising" du Creedence Clearwater Revival. Sur scène, la jeune femme se déhanche avec aisance sur des titres soul ("Prends ma main", "La chasse à l’homme"), entourée de danseurs noirs américains et crée de nouveaux titres écrits par Jacques Lanzmann ou Philippe Labro. Les "Voices" et toute la troupe chantent "Let the Sunhsine In" dans un final pacifiste.

Dès son retour de tournée et juste après la retransmission télévisée de son nouveau spectacle dans le cadre de l'émission spéciale "Sylvissima", Sylvie se voit décerner par la profession le "Triomphe des variétés" 1970, équivalent des actuelles "Victoires de la Musique"

La vie c'est du cinéma

Son mari et elle affirment de plus en plus leur passion pour les Etats-Unis. L'été 71, ils en sillonnent une partie sous l'oeil de la caméra de François Reichenbach pour son film-reportage "Mon amie Sylvie". Cette même année, Sylvie renoue d'ailleurs avec le cinéma. Elle joue le rôle de Bets (une prostituée) dans "Malpertuis", un film de Harry Kümel qui sera présenté au Festival de Cannes. Sylvie est entourée d'Orson Welles, Michel Bouquet, Mathieu Carrière et Susan Hampshire. Mais ce petit rôle ne satisfait pas les exigences de Sylvie. Parce qu'elle y chante ("Lui"), elle considère qu'elle n'est pas employée comme une véritable actrice mais en tant que chanteuse donnant quelques répliques... Aussi décide-t-elle de renoncer au cinéma tant qu'on ne lui fera pas de propositions plus intéressantes. Elle déclinera par la suite des rôles dénudés ou destinés à n'assurer que la promotion d'un film.

Pour lui je reviens

Sylvie Vartan

En 1972, Sylvie doit renoncer au projet de comédie musicale "Alice au pays des Merveilles" annoncé pour la rentrée au Châtelet. Elle imagine alors un spectacle plus cohérent qu’elle répète tout l’été à L.A avec le chorégraphe Howard Jeffrey, à raison de 5 heures de danse par jour. Ce nouveau spectacle présente sur les deux faces solaire et lunaire de l’amour : rock et lumineux quand Sylvie reprend "Proud Mary" ou danse sur "Shaft" vêtue d’un costume glitter d'Yves Saint-Laurent. Plus sombre quand elle interprète la chanson-hommage à son père ou "Ne me quitte pas" que Brel vient de lui offrir. Le soir de la première à l'Olympia, Johnny brille par son absence en coulisses, si bien que quelques journalistes inspirés y vont aussitôt de leurs commentaires.

La chanteuse se fait également très présente sur les plateaux de télévision puisque Maritie et Gilbert Carpentier lui consacrent deux "Top à" en mai et en décembre. Comme le veut la tradition cathodique, elle chante toutes sortes de duos, notamment avec Serge Gainsbourg et Jane Birkin, danse, revêt d’improbables déguisements et donne la réplique au grand Paul Meurisse dans un extrait de "Pygmalion".

L'année 73 est celle de tous les duos : Sheila et Ringo, Stone et Charden, Delon et Dalida... Sans grande conviction, le couple y va de son propre duo et enregistre laborieusement "J'ai un problème". Le 45 T. battra pourtant tous les records de vente de la chanteuse et fera même l'objet de versions italienne et allemande.

L'été, Sylvie part en tournée pendant deux mois. A cette occasion, elle chante avec Johnny sur scène, opposant ainsi un démenti aux rumeurs de rupture qui couraient l'année passée.

En octobre, elle refait une tournée au Japon où sa chanson italienne "Caro Mozart" (d'après la symphonie 40) remporte un vif succès. L'accueil chaleureux qu'elle y reçoit est le même qu'en 65 ou en 71. L 'année suivante, elle enregistrera pour le marché asiatique "La reine de Saba", tout un album de standards de la chanson (de Michel Legrand, Montand, Brel, Polnareff ou Piaf).

Début 1974, les Carpentier proposent encore un "Top" à Sylvie : "Je chante pour Swanee". Cette fois-ci, Maritie Carpentier a imaginé un véritable scénario de comédie musicale qui sert de prétexte à des tableaux en costumes rétro de la belle époque ou des années 20. Sylvie devient tour à tour "Petite fille modèle", muse de peintre impressionniste et incarne même un Stan Laurel tout à fait convaincant (Carlos jouant Hardy, bien sûr !). Ce show est diffusé dans 33 pays et connaît un retentissement tel que RCA décide pour la première fois, d'en commercialiser la bande musicale.

L'amour au diapason

Dans la presse, on peut lire que Sylvie et Johnny souhaitent donner un petit frère ou une petite sœur à David. Mais une fausse couche mettra un terme à cet espoir au mois de mars. Pas de tournée donc en ce triste été 74 mais un tube majeur avec "Bye bye Leroy Brown".

C’est à la télévision que Sylvie revient, en mars 1975, avec une nouvelle comédie musicale créée par Maritie et Gilbert Carpentier. C'est l'occasion cette fois d’exploiter le procédé des flashbacks. Le premier met en scène Sylvie dans un salon de couture, le second la plonge dans le Paris des années folles (et dans un bassin aux côté des Michel Sardou) et le troisième la ramène à ses débuts, le duo "Toi et moi" avec Johnny évoquant leur rencontre.

L’aventure télévisuelle se poursuit à Rome où, de mars à mai, Sylvie tourne "Punto e basta" pour la RAI , une série de 8 émissions présentée par Gino Bramieri. Comme elle l'avait fait pour "Doppia coppia", Sylvie réenregistre en langue locale ses succès du moment ("Da dou ron ron", "Shang shang a lang" et "Bye bye Leroy Brown"). Johnny y fait une apparition en interprétant "J'ai un problème" en italien avec sa femme. Puis, l'été suivant, le couple se produit en France mais aussi au Canada pour deux concerts exceptionnels devant 30.000 spectateurs. Tous deux donnent l'image d'un couple très uni : l'amour est au diapason, mais pour combien de temps encore ?

Sylvie Vartan

Aux marches du Palais

Depuis que Jacques Revaux produit ses disques, Sylvie caracole en tête des hit-parades avec un tango estival "La drôle de fin" puis "Danse-la, chante-la" devient disque d'or à l'automne. Forte de ce succès, elle ambitionne de monter un nouveau spectacle. En presque quinze ans de scène, elle n'a connu que l'Olympia. Désireuse de donner une nouvelle dimension à ses spectacles, elle songe au Palais des Congrès, salle où aucune femme ne s’est jamais produite jusque là. Son entourage le lui déconseille donc clairement : la salle n'est initialement pas prévue pour cela, elle est impossible à remplir, etc... Mais "Comme un garçon" Sylvie est têtue, au point même de se brouiller avec une partie de son entourage professionnel. Grâce au soutien du jeune producteur Alain-Philippe Malagnac, elle loue la salle un mois. Puis commencent les répétitions avec Walter Painter, son nouveau chorégraphe américain. Le soir de la première, les critiques l'attendent au tournant.

Dès le lever de rideau, ils peuvent se rendre compte que Sylvie a fait les choses en grand : une dizaine de tenues de scène, 16 danseurs et des décors pharaoniques. Les numéros de Walter Painter – un défilé de gendarmes à bicyclette, une mini comédie musicale retraçant l’histoire de Las Vegas, un numéro de hip hop avant-gardiste et le fameux tango acrobatique créée pour "La drôle de fin" - font un triomphe. Même les détracteurs se déplacent. Les marches se louent jusqu’au soir de la dernière représentation. Après avoir fait salle comble d’octobre à novembre, le spectacle est prolongé 15 jours en février 76. Suivent des tournées d'hiver, d'été puis d'automne dans toute la France.

L'année suivante commence aux États-Unis par une pause avec David, mais sans Johnny. La presse parle à nouveau de séparation, ce que Johnny lui-même confirme: "Sylvie et moi n'avons plus rien en commun". Sylvie semble savoir ce qui fait pleurer les blondes... Elle prend l'habitude de vivre quelques mois éloignée de la France et de la presse qui la laisse toujours sans répit. David suit même les cours là-bas. Mais l'année 1977 voit son retour en France et sa réconciliation avec Johnny. Certains croient percevoir dans le tube "Petit Rainbow" une allusion aux démêlés du couple le plus volcanique du show business.

Sylvie Vartan

Dancing Star

La rentrée débute avec la dernière émission de la série produite par les Carpentier. Entourée de M-P. Belle, G. Chakiris, J-C. Brialy, Carlos, G. Lenorman et Michel Sardou, Sylvie présente le show télévisé le plus "glamour" de sa carrière et offre un avant-goût de son nouveau spectacle. Du 7 octobre au 9 novembre et malgré un emploi du temps chargé (le tournage télé, une tournée estivale, un nouvel album), Sylvie produit cette fois elle-même son nouveau spectacle au Palais des Congrès. On la découvre plus vamp que jamais, arborant une robe en lamé fendue jusqu'à la taille ou des franges tigrées. Les ballets de son nouveau chorégraphe noir américain Claude Thompson sont directement inspirés du music-hall américain. En témoignent la parodie des Andrew Sisters ("Le temps du swing"), l’emprunt à la comédie musicale "Chicago ("Tout le bazar", prodigieux numéro de claquettes) et un hommage aux comédies musicales hollywoodiennes en guise de final ("Dancing Star"). Sylvie sacrifie également à la mode naissante du disco avec une adaptation de "Don’t leave me this way" ("Ne pars pas comme ça"), un disco-tango "Georges" et un ballet psychédélique.

Après une reprise de son spectacle au Palais des Congrès du 20 mars au 2 avril, l'année 78 s'apaise quelque peu. Même Johnny semble assagi et fait une véritable déclaration d'amour à sa femme dans son autobiographie "Johnny raconte Hallyday". Si leurs apparitions communes se font rares, leurs tournées d'été se croisent pour deux concerts où ils chantent ensemble "It's so easy" et "Le feu".

Sylvie se montre plus discrète en France où la vague disco continue de déferler. Que ce soit Sheila et les B. Devotion, Patrick Juvet ou Karen Cheryl, tous chantent en anglais. RCA incite Sylvie - qui chante en anglais depuis ses débuts - à faire un deuxième album dans cette langue. Elle enregistre donc "I don't want the night to end", un album produit par Denny Diante (producteur de Tina Truner ou Barbra Streisand) et arrangé par Michel Colombier. Cet album au son très californien, ne remporte qu'un succès d'estime en France mais sera en revanche classé aux USA, en Angleterre, en Allemagne, en Italie ou en Espagne.

Si Sylvie ne devient pas vraiment la "Disco Queen" qu'elle chantait l'année précédente, elle se rattrape largement à la fin de la décennie avec "Nicolas" qui n'est pas sans rappeler son titre fétiche " La Maritza ". C’est Eddie Vartan, aux commandes de l’album "Déraisonnable", qui impose à sa sœur cette mélodie aux accents slaves aussitôt plébiscitée par le public. Depuis, Sylvie se doit de l’ajouter à chaque tour de chant sous peine de se l’entendre réclamer en rappel.

Sylvie Vartan