Sylvie Vartan - Laisse faire laisse dire

Critiques

Laisse faire laisse dire

Critiques recueillies par l'album "Merci pour le regard" en 2021

Le Nouvel Observateur : "Sylvie Vartan dit de son album : "Je pense que c’est mon meilleur." Il a surtout l’avantage d’être cohérent avec la femme qu’elle est devenue, et la vertu d’adhérer au présent. Car Sylvie Vartan s'est entourée pour l'essentiel de talents d'aujourd'hui : la grande Sophie, Clara Luciani, Clarika ou encore Joseph d’Anvers. Davantage qu'une curiosité, on sent chez chacun d'entre eux du respect voire une certaine admiration pour cette femme qui chante depuis soixante ans - elle a peut-être fait danser leurs parents. Ils semblent tous s’être passé le mot, choisissant pour source d’inspiration non pas la star yéyé mais plutôt le personnage mélancolique de « La Maritza ». C’est tout de suite frappant avec « Le bleu de la mer noire », un piano voix de Clarika et Jacques Nyssen, ballade le long d’une rivière qui charrierait les peines accumulées d’une vie cabossée. Beau. Très beau. Même inspiration chez la grande Sophie qui fait chanter à Sylvie Vartan : « Il y a un côté sombre sous ma chevelure blonde » et Eric Chemouny qui signe notamment « Une dernière danse », celle qui rime avec enfance. A noter les merveilleuses interprétations au piano de Gérard Daguerre et Michel Amsellem. Alors, est-ce le meilleur album de Sylvie Vartan ? Oui, oui, oui »." !  Sophie Delassein =

Critique du concert donné au Théâtre Edouard 7 en octobre 2021 :

Le Monde

"Sylvie Vartan présente au Théâtre Edouard-VII, à Paris, Le Récital, spectacle qui lui ressemble le moins et lui correspond le plus. Dispositif très sobre, ce lundi 11 octobre, dans cette salle à l’italienne de sept cents places. Le Récital accompagne – pour une tournée qui comprend notamment un concert à la Salle Pleyel, le 20 novembre –, son nouvel album en studio, Merci pour le regard (Columbia/Sony). Merci pour le regard se compose des premières chansons inédites depuis 2011, de la star internationale née en Bulgarie – cela se sait, elle a quelques compatriotes dans la précieuse salle. Le Récital ? Construction raffinée de ses chansons, sans souci de la chronologie. Deux heures vingt de confidences, de douceur et d’élégie pudique. Un triomphe. Vingt-six chansons dont les titres subtilement enchaînés feraient poème : Le bleu de la mer noire ; Je croyais ; Novembre à La Rochelle ; Par amour, par pitié ; Tout bas, tout bas ; Les vents contraires… On monte imperceptiblement vers les grands secrets : Le Dimanche ; Mon père ; Mon Enfance ; Je chante encore l’amour ; Merci pour le regard ; Je n’aime encore que toi… ; Les chemins de ma vie ; La Maritza… avant d’atteindre une interprétation bouleversante de Quand on n’a que l’amour (Brel) plus ce récitatif qui dit tout : Ma vie c’est moi qui l’ai choisie. Bouquets de fleurs et déclarations C’est si rare, une autobiographie aussi lavée de tout nombrilisme que portée par une sensualité sensationnelle. Tous les sentiments qu’elle traverse, elle les a vécus. Plusieurs standing ovations en cours de route, bouquets de fleurs et déclarations d’amour dans les rangs. Un grand moment d’émotion, de simplicité et d’intimité délicate. Allure, robe bleu nuit, mouvements aussi gracieux que maîtrisés, commentaires dictés par l’élégance et l’émotion palpable du public… Les lumières (Jacques Rouveyrollis assisté de Jessica Duclos) ne font pas tout. Les micros non plus. La voix est là, retenue ou capable d’éclats soudains, laissant poindre ses voix anciennes, rock ou de soie… des voix aimées. Les chansons ignorent la chronologie et le style. Elles n’ignorent pas la vie. La plupart ont été écrites par des auteurs qu’elle cite et remercie, toutes semblent venir d’elle – Mon enfance, par exemple (de Barbara). Sa voix, le timbre de sa voix n’ont que faire du narcissisme… Certes, elle vit ses chansons, les interprète, les habite, mais sa vie les dicte. Aimer (de Jean-Loup Dabadie, 1982) la résume en quatre-vingt-un verbes à l’infinitif : « Aimer, aimer, aimer/Marcher, courir, voler/Rêver, blondir, donner/Garder, serrer, trembler/Pleurer, chérir, aimer… » Rien d’un exercice de style qui tournerait autour de l’Oulipo, simple déclaration personnelle à deux voix. D’ailleurs, combien de fois Sylvie Vartan dit-elle, dans les chansons ou leurs présentations, « aimer », « amour », pendant ces deux heures vingt sans coupure ? Quatre-vingt-une fois ? Cent soixante-deux ? On ne va pas tout compter… Quand on aime, c’est connu… Elle entre en scène comme elle entre dans chaque chanson : lucidité intacte, lucidité et tourbillon, choix et abandon… Spectacle millimétré et présence sans rien céder sur la volonté. Star sans doute, mais artiste avant tout : mise en place au cordeau (le grand art des chanteuses de jazz), diction des étrangers si amoureux de la langue française (Aznavour), cet art de sculpter le phonème, d’alanguir la syllabe, de balancer les mots, mis à nu ce soir par le dispositif volontairement réduit. Mots sous le signe de l’amour Des mots futiles, des mots de tous les jours, des mots sous le signe de l’amour, une vie en musique sans la moindre plainte… Sa vie, comme Aznavour la sienne, c’est elle qui l’a choisie, seul moment où elle dit « moi » – les autres écrivent « je » à sa place. La plus belle pour aller danser, chanson qu’elle doit à Aznavour (1964) et Georges Garvarentz, Arménien né en Grèce. Souvent, elle chante, les yeux fermés. De jardin à cour, un cello (« je voulais un violoncelle », dit Sylvie Vartan) – Benoît Dunoyer de Segonzac est aussi à la contrebasse – ; l’inoxydable Gérard Daguerre au piano (qui a accompagné Barbara, Depardieu), fidèle compagnon de route, metteur en ondes idéal ; Michaël Ohayon à la guitare ; et la choriste Isabelle Staron, à la très belle attitude. Comment sort-on d’un récital de deux heures vingt ? Comment a passé le temps, sans qu’on y pense jamais ? Aurait-on appris ? Oui et non : on a partagé… on s’est laissé embarquer… La vie d’une femme transmuée par une artiste, c’est une sacrée expérience. Une expérience sacrée. L’expérience de la communication – la communion, pour certains : « Les heures de ma vie, je les ai données sans jamais compter… », précise Sylvie Vartan. On le sait." Francis Marmande

Sylvie Vartan