Paroles 95

QUELQU’UN QUI M’RESSEMBLE

(Daho / Turboust)

On s’ressemble, c’est fou c’qu’on ressent
Du moins c’est ce qu’il me semble, on s’ressemble
On est bien ensemble et quoiqu’on en pense
Être ensemble en confidence est pure chance

On s’ressent, c’est à n’y rien comprendre
Tant on se ressemble, on s’ressent
Qui s’ressemble se rassemble, qui s’resemble s’assemble
J’cherchais partout quelqu’un qui m’ressemble

On s’ressemble, c’est fou c’qu’on ressent
Du moins c’est ce qu’il nous semble, on s’ressemble
Et puis se confondre, à la nuit se fondre
Seul dans cet hôtel à Londres, me morfondre

Plus de comptes à rendre, ne plus surprendre
Ailleurs se méprendre, se détendre
Qui s’accorde se raccorde et se désaccorde
Chercher ailleurs quelqu’un qui t’ressemble

Plus de comptes à rendre, ailleurs se méprendre
Même ailleurs s’éprendre, s’en défendre
Qui s’ressemble se rassemble et se désassemble
S’casser ailleurs, faire c’que bon me semble
Mais tu r’viens


LA VIE D’ARTISTE

(Léo Ferré)

Je t’ai rencontré par hasard,
Ici, ailleurs ou autre part
Il se peut que tu t’en souviennes
Sans se connaître, on s’est aimés
Et même si ce n’est pas vrai
Il faut croire à l’histoire ancienne
Je t’ai donné ce que j’avais
De quoi chanter, de quoi rêver
Et tu croyais en ma bohème
Mais si tu pensais à 20 ans
Qu’on peut vivre de l’air du temps
Ton point de vue n’est plus le même

Cette fameuse fin du mois
Qui depuis qu’on est toi et moi
Nous revient sept fois par semaine
Et nos soirées sans cinéma
Et mon succès qui ne vient pas
Et notre pitance incertaine
Tu vois je n’ai rien oublié
De ce bilan triste à pleurer
Qui constate notre faillite
Il te reste encore de beaux jours
Profites-en mon amour
Les belles années passent vite

Et maintenant tu vas partir
Tous les deux nous allons vieillir
Chacun pour soi, comme c’est triste
Tu peux remporter le phono
Moi je conserve le piano
Je continue ma vie d’artiste

Un jour, sans trop savoir pourquoi
Un étranger, un maladroit
Lisant mon nom sur une affiche
Te parlera de mes succès
Mais un peu triste, toi qui sais
Tu lui diras : je m’en fiche


LE PREMIER DE NOUS DEUX

(E. Daho / A. Turboust)

Au bout d’une heure ou deux, lassé sans doute
Attendiez-vous que je passe aux aveux
Mais les mots me venaient au compte-gouttes
Je n’sais même plus pourquoi j’ai dit adieu

Le premier de nous deux qui a parlé a perdu
Aucune larme au bord de mes yeux ne perle
Plus l’heure d’ailleurs de jouer aux âmes en peine
Rien
Rien

Seule je m’enivre
Même pas minée ou déçue, qui l’eût cru ?
La glace fond sur vos lèvres humides
Engourdie par la chaleur, je ne crains
Plus rien

Aucune larme au bord de mes yeux ne perle
Plus l’heure d’ailleurs de jouer aux âmes en peine
Rien
Rien

(parlé)
Les coups au cœur, l’euphorie des vingt ans
Le pouls qui bat aux poignets des amants

Aucune larme au bord de mes yeux ne perle
Plus l’âge d’ailleurs de jouer aux âmes en perte

Au bout d’une heure ou deux, lasse sans doute
Attendiez-vous que je passe aux aveux
Et toutes ces confidences me coûtent
Pour vous déplaire, j’ai détourné les yeux
Le premier de nous deux qui a fui a perdu

(parlé)
Le vide au cœur, il est temps de partir
Un ange noir sur le point d’en finir

Aucune larme au bord de mes yeux ne perle
Plus l’heure d’ailleurs de jouer aux âmes en peine
Rien
Rien
Rien
Plus rien


JE NE PEUX PAS TE QUITTER (COMME ÇA)

(P. Labro / P. Delettrez)

Parce que longtemps ça a duré
Parce que souvent ça a marché
En tous les cas une fois sur deux
Parce qu’ailleurs j’ai pas trouvé mieux
Parce que t’es pas si mal que ça
Parce que je n’suis pas si bien que ça

Tout bien pesé, tout bien pensé
Bien réfléchi, bien nuit blanche
Je ne peux pas te quitter comme ça

Parce que les hommes on en trouve plus
Les hommes, les vrais, courent pas les rues
Parce que j’connais toutes tes rides
Parce que tu connais bien mon vide
Parce qu’on s’racontera plus d’histoires
Parce que c’est pas la mer à boire

Tout bien pesé, tout bien pensé
Bien réfléchi, bien nuit blanche
Je ne peux pas te quitter comme ça, non, non, non
Je ne peux pas te quitter comme ça

Parce que j’connais bien ton sourire
Parce que je sais qu’t’es un enfant
Parce qu’être seul, y’a rien de pire
Parce que j’t’écoute et qu’tu m’entends
Parce que la nuit, lorsque je crie
Tu m’as toujours offert tes bras

Tout bien compris, tout bien appris
Tout pardonné, tout oublié
Je ne peux te quitter comme ça
Je ne peux pas te quitter comme ça, non, non, non
Je ne peux te quitter comme ça


LE CINEMA

(Claude Nougaro)

Sur l’écran noir de mes nuits blanches,
Moi je me fais du cinéma,
Sans pognon et sans caméra,
Brando peut partir en vacances :
Ma vedette, c’est toujours toi.

Pour te dire que je t’aime, rien à faire, je flanche :
J’ai du cœur mais pas d’estomac,
C’est pourquoi je prends ma revanche
Sur l’écran noir de mes nuits blanches
Où je me fais du cinéma.

D’abord un gros plan sur tes hanches,
Puis un travelling-panorama
Sur ma poitrine grand format,
Voilà comment mon film commence,
Souriant je m’avance vers toi.

Un mètre quatre-vingts, des biceps plein les manches,
Tu crèves l’écran de mes nuits blanches
Où je me fais du cinéma,
Me voilà déjà dans tes bras,
Le lit arrive en avalanche…

Sur l’écran noir de mes nuits blanches,
Où je me fais du cinéma,
Une fois, deux fois, dix fois, vingt fois
Je recommence la séquence
Où tu me tombes dans les bras…

Je tourne tous les soirs, y compris le dimanche,
Parfois on sonne ; j’ouvre : c’est toi !
Vas-tu me prendre par les hanches
Comme sur l’écran de mes nuits blanches ?
Non : tu me dis « Comment ça va ? »

Et tu m’emmènes au cinéma…


LA CHANSON DES VIEUX AMANTS

Bien sûr, nous eûmes des orages,
Vingt ans d’amour, c’est l’amour fol.
Mille fois tu pris ton bagage,
Mille fois je pris mon envol.
Et chaque meuble se souvient,
Dans cette chambre sans berceau,
Des éclats des vieilles tempêtes.
Plus rien ne ressemblait à rien,
Tu avais perdu le goût de l’eau
Et moi celui de la conquête.


Mais mon amour,
Mon doux, mon tendre, mon merveilleux amour,
De l’aube claire jusqu’à la fin du jour,
Je t’aime encore, tu sais, je t’aime.

Moi, je sais tous tes sortilèges,
Tu sais tous mes envoûtements.
Tu m’as gardé de piège en piège,
Je t’ai perdue de temps en temps.
Bien sûr, tu pris quelques amants,
Il fallait bien passer le temps,
Il faut bien que le corps exulte.
Finalement, finalement,
Il nous fallut bien du talent
Pour être vieux sans être adultes.


Oh, mon amour,
Mon doux, mon tendre, mon merveilleux amour,
De l’aube claire jusqu’à la fin du jour,
Je t’aime encore, tu sais, je t’aime.

Et plus le temps nous fait cortège,
Et plus le temps nous fait tourment.
Mais n’est-ce pas le pire piège
Que vivre en paix pour des amants ?
Bien sûr, tu pleures un peu moins tôt,
Je me déchire un peu plus tard,
Nous protégeons moins nos mystères,
On laisse moins faire le hasard,
On se méfie du fil de l’eau…
Mais c’est toujours la tendre guerre.


Oh, mon amour,
Mon doux, mon tendre, mon merveilleux amour,
De l’aube claire jusqu’à la fin du jour,
Je t’aime encore, tu sais, je t’aime.

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